Vous me demandez souvent ce que je fais une fois que la combinaison sèche sur un cintre et que le matériel est rincé. La vérité, c’est que l’île de Groix a une double vie. Il y a celle de la journée, sous le soleil, rythmée par les marées et les descentes dans le bleu. Et puis, il y a la fin de journée. Ce moment suspendu où la majorité des visiteurs regagnent le continent et où l’île nous appartient de nouveau.
Aujourd’hui, j’ouvre mon carnet de bord pour vous confier l’un de mes repaires préférés. Un plan d’une simplicité enfantine, mais d’une efficacité redoutable, qui combine une géologie capricieuse, un artisan de génie et un peu d’astronomie.
Bienvenue dans mon petit hold-up du soir.
L’histoire de la plage qui a pris le large
Notre planque du soir se situe plein Est, collée aux Sables Rouges : la crique du VVF.
Ce n’est pas qu’une simple étendue de sable, c’est un caprice de la nature. Il y a une trentaine d’années, cette petite crique intime n’existait pas sous cette forme. Elle faisait partie intégrante de la mythique plage des « Grands Sables », cette fameuse étendue convexe (en bosse, l’une des seules en Europe !) qui reliait toute la côte.

Mais l’océan a ses propres règles. Poussée par des courants marins imprévisibles, l’immense plage s’est littéralement déplacée vers le Nord-Ouest au fil des années 2000, pour s’installer à 500 mètres de là, de l’autre côté de la pointe de la Croix. Derrière elle, la mer a laissé un chapelet de petites criques mignonnes et parfaitement abritées.
La crique du VVF est la plus grande de ces survivantes. C’est aujourd’hui un spot familial par excellence, très prisé des voileux qui viennent y chercher un mouillage d’un calme olympien pour la nuit. Et gardez l’œil ouvert : avec les humeurs de l’océan, les Grands Sables pourraient bien décider un jour de refaire le chemin inverse !

Le ravitaillement : Le Four des Pirates
On ne part jamais en mission le ventre vide, surtout après une journée à palmer. Avant de rejoindre la plage, un arrêt stratégique s’impose chez Gaëtan, au Four des Pirates.
Oubliez tout ce que vous savez sur la pizza de bord de plage. Ce que Gaëtan sort de son four, c’est de l’orfèvrerie. La pâte est d’une finesse incroyable, légère comme une bulle d’air, et la garniture est d’une onctuosité qui vous fait instantanément oublier l’acide lactique de vos cuisses. C’est réconfortant, c’est malin, et c’est le partenaire idéal pour la suite des événements.

Le clou du spectacle : La lune rousse
Maintenant, vous avez le tableau complet. Vous êtes assis sur le sable frais de la plage du VVF. Devant vous, l’horizon dégagé pointe directement vers l’Est. Sur vos genoux, le carton fumant du Four des Pirates. Le vent est tombé, les bateaux au mouillage se balancent doucement dans un silence absolu.
Il ne reste plus qu’à attendre que le ciel s’assombrisse.

Si vous avez bien choisi votre soir (un coup d’œil au calendrier lunaire est fortement conseillé), vous allez assister à l’un des plus beaux spectacles de Groix : le lever de lune. Émergeant directement de l’océan, elle apparaît souvent gigantesque, teintée d’un orange profond, presque irréel. Elle vient baigner la crique, les coques des voiliers et la plage d’une lumière cuivrée complètement folle.
C’est mon petit secret. Un moment où le temps s’arrête, où l’iode se mélange à la pâte cuite au feu de bois. Si vous y allez un soir de pleine lune, cherchez bien du regard le long de la crique… il n’est pas impossible que l’on s’y croise, une part de pizza à la main, le nez en l’air.
