« Un truc de zinzin » : La nuit où l’océan s’est allumé à Groix

Je sors tout juste de l’eau. Le sel sur le visage et le cœur qui tape encore un peu trop fort. Je viens de vivre ma meilleure plongée de la saison, et je ne pouvais pas attendre d’être rentré au sec pour vous en parler.

Avant de lire la suite, appuyez sur « Play » juste en dessous. C’est le message vocal que j’ai laissé à chaud avec l’euphorie d’un gamin qui vient de voir un tour de magie.

Le faux départ et le ciel de feu

On partait pour une sortie sunset. Le truc classique qu’on attend tous. Sauf qu’en arrivant sur zone, on se tape une pétole absolue. Trois nœuds de vent, un ciel bouché… bref, un « temps de merde » sans l’ombre d’un coucher de soleil à l’horizon.

Mais bon, on est là. Je suis avec Vincent (un gars solide de la SNSM) et Baptiste, un ancien élève revenu direct de New York. On se met à l’eau, on fait nos deux ou trois premières descentes d’échauffement un peu mécaniques.

Et là, bam. Le ciel explose.

Une lumière ultra-puissante débarque d’un coup. Tout devient rose, un rose incroyable, presque agressif. L’atmosphère bascule en une fraction de seconde.

25 nœuds, piraterie et « gros cul » au large

Dans la foulée, la météo décide de se gâter sévèrement. Le vent monte à 25 nœuds, la mer se creuse, ça commence à bouger, et même à bien tabasser. Au large, dans la nuit qui tombe, un de ces énormes bateaux céréaliers — un bon gros cul — allume tous ses projecteurs.

Dans l’eau, ballotés par la houle, éclairés par ce ciel de fin du monde et ce monstre d’acier, on plonge dans une ambiance de piraterie totale. C’est brut, c’est rugueux. On est minuscules, et on adore ça. On continue la plongée.

L’Odyssée de Pi sous stéroïdes

Et puis, le plancton bioluminescent est arrivé.

J’en ai vu des choses sous l’eau, mais ça… jamais de ma vie d’apnéiste. Un truc de zinzin. Sous l’effet de la houle en surface, notre ligne de descente vibrait et s’éclairait sur toute sa longueur, jusqu’au fond. Tout en bas, le poids de lest rebondissait sur le sable en créant à chaque choc une nappe de lumière bleue hallucinante.

À chaque fois que Vincent ou Baptiste amorçaient une descente, la friction de leur corps activait le plancton. C’était complètement fou. On aurait dit l’Odyssée de Pi, ou des commandos des forces spéciales avec des fumigènes lumineux accrochés à la taille, ou les avions d’Air France sous l’eau. Une sensation de puissance irréelle au milieu de la nuit noire.

Où sont les photos ? (spoiler : nulle part)

Je vous vois déjà venir avec vos grands yeux : « Mais Maël, elle est où la vidéo GoPro ? Balance la story Instagram pour qu’on voie ça ! »

Eh bien non. Rien. Zéro pixel.

D’abord, parce qu’il n’y a aucun capteur d’appareil photo capable de capter cette magie dans le noir complet tout en survivant à une machine à laver de 25 nœuds. Mais surtout, et en toute ironie… parce que c’est très bien comme ça ! Dans un monde où l’on s’obstine à tout filmer avant même de le vivre, cette nuit-là appartient exclusivement à la rétine de Vincent, de Baptiste et à la mienne.

C’est pour ces instants de pure sauvagerie que je fais ce métier. On ne contrôle rien, on prend ce que la mer nous jette à la figure, avec ses caprices et ses tempêtes, et parfois, elle nous offre une odyssée inoubliable.

À bientôt dans le bleu (ou dans la nuit fluorescente),

Maël

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