Si je fais ce métier, c’est évidemment pour l’océan. Mais si je l’aime autant, c’est surtout pour vous. L’apnée est une discipline exigeante, technique, parfois impressionnante. Pourtant, dès que l’on accepte de baisser la garde pour se fondre dans l’élément, l’océan nous offre des moments d’une humanité et d’une drôlerie absolues.
Il faut absolument que je vous raconte l’un de mes plus beaux fous rires de la saison. Une scène qui illustre à merveille pourquoi le « lâcher-prise », c’est fantastique, mais que la géographie, ça a quand même du bon.
Imaginez la scène. La mer est belle, la lumière est parfaite. Nous sommes quatre dans l’eau, paisiblement installés autour de notre bouée de descente. Sous l’eau, le dispositif est une horlogerie suisse : un long bout relie prudemment notre bouée au zodiac pour nous empêcher de dériver, tandis qu’en plein centre de la bouée, notre fameux « pendeur » file droit vers les profondeurs, lesté vers les abysses de Groix.
Le but de l’exercice est de travailler l’économie d’énergie. On se ventile, on fait le vide, on attrape la corde verticale, et on se tracte doucement vers le fond, les yeux mi-clos.
C’est au tour de l’une de nos élèves. Et très sincèrement, sa préparation est magnifique.
Elle est parfaitement dans sa bulle. La respiration ventrale est fluide, le visage est détendu, la déconnexion avec la surface est totale. Elle amorce son mouvement avec une grâce infinie, tend le bras en gardant les yeux délicatement fermés pour rester concentrée sur ses sensations, et attrape la corde avec une belle détermination.

Puis, elle commence à se tracter.
Le seul tout petit détail, c’est que dans son état de grâce absolu, sa main a cherché la corde… et a trouvé la mauvaise.
Au lieu de saisir le pendeur qui mène au fond, elle s’est agrippée à la corde d’amarrage. Sous nos regards d’abord perplexes, puis fascinés, nous l’avons regardée entamer une splendide « descente » complètement à l’horizontale. Toujours parfaitement relâchée, convaincue de s’enfoncer dans les mystères de l’Atlantique, elle a filé en surface, tractant l’eau avec conviction, droit vers notre bateau.
Pendant quinze longs mètres, elle a tout donné.

Arrivée au bout de son effort, sentant certainement qu’elle avait atteint une profondeur fort respectable, elle a fièrement relevé la tête pour percer la surface et prendre sa grande inspiration de victoire.
Elle s’attendait à voir l’horizon bleu et mon regard approbateur. Elle s’est retrouvée nez à nez avec le gros boudin gris du zodiac.
Il y a eu ce quart de seconde de silence merveilleux. Ce moment précis où le cerveau essaie de comprendre comment un bateau pneumatique a pu couler à 15 mètres de fond. Elle a cligné des yeux, regardé la coque, puis tourné la tête vers nous, restés autour de la bouée au loin.
Je n’ai pas pu retenir mon éclat de rire, et le sien a immédiatement suivi, résonnant sur tout le plan d’eau.
C’est exactement cette ambiance qui fait l’ADN de l’école. Pas de compétition, pas d’ego mal placé. Juste la joie de se mettre à l’eau, de chercher ses limites et de réinventer, le temps d’une inspiration, le concept de la plongée profonde de surface. Promis, pour la saison prochaine, je réfléchis à installer des panneaux directionnels sous la bouée !
À bientôt dans le bleu <3
Maël – SDC Apnée Groix
