Le grand démêlé de mi-août : notre été en chiffres (complètement) fous

Nous y sommes. La mi-août a pointé le bout de son nez, avec son effervescence estivale et cette eau de l’Atlantique qui, chauffée par des semaines de soleil, offre des conditions sous-marines tout simplement exceptionnelles autour de Groix.

Que ce soit en vous équipant au cabanon de Port Mélite, en grimpant sur les boudins du zodiac, ou même le soir au détour d’une discussion sur l’île, la même question revient inlassablement : « Alors Maël, ça plonge beaucoup cette année ? »

La réponse officielle est un grand oui. À l’heure où j’écris ces lignes, nous avons accompagné pas moins de 207 clients, ce qui représente très exactement 292 apnéistes qui ont basculé dans le bleu avec nous depuis le début de la saison. C’est un chiffre merveilleux. Mais la comptabilité classique et les tableaux Excel, on va les laisser aux terriens. J’ai eu envie de reprendre mon carnet de bord et de raconter ces 292 plongeurs à travers nos propres unités de mesure : l’air, la gravité, l’écosystème et… la gourmandise.

Un marathon inversé et beaucoup de plombs

Si l’on s’amusait à mettre bout à bout toutes les descentes que vous avez réalisées sur notre câble, on obtiendrait une distance complètement folle. À raison d’une dizaine d’immersions par session, vous avez collectivement parcouru plus de 35 kilomètres d’exploration verticale. C’est plus de trois fois la profondeur de la fosse des Mariannes ou près de quatre fois le mont Everest, mais la tête en bas et le regard rivé vers le fond !

Bien sûr, pour vous permettre de planer à 10 mètres avec cette grâce sans lutter contre la surface, j’ai dû jouer avec la loi d’Archimède. Cet été, c’est près d’une tonne et demie de plombs (1 460 kilos très exactement :-)) que j’ai manipulée, ajustée et répartie au gramme près sur vos ceintures ou vos cous pour vous offrir cette fameuse flottabilité nulle.

La symphonie des tympans et le grand frisson breton

L’apnée, c’est aussi une sacrée mécanique corporelle qui débute bien avant de toucher l’eau. Avant chaque immersion, nous prenons le temps de nous préparer à sec. Mis bout à bout, nos 207 groupes ont passé près de 35 heures cumulées à faire des « vacuum », à rentrer le ventre sous les côtes, et à s’assouplir le diaphragme sur le bateau. Des grimaces hautement professionnelles qui paient toujours !

Une fois dans l’eau, la fameuse méthode Frenzel a pris le relais. Ce sont environ 29 200 petits « clics » qui ont résonné dans vos oreilles pour compenser la pression avec succès. Et comment évoquer cet été sans parler de notre célèbre baptême breton : la thermocline. J’ai pu observer 292 petits frissons parfaitement synchronisés au moment où, vers les 10 mètres de profondeur, l’eau passe brusquement de 18°C à un tonique 14°C. Un rappel piquant et magique que les eaux riches de Groix n’ont rien à envier aux Caraïbes.

Le silence de l’océan et le réconfort du miel

Finalement, au-delà de la profondeur et des frissons, ce qui me rend le plus fier, c’est ce que nous laissons derrière nous. Ou plutôt, ce que nous ne laissons pas. En cumulant vos temps d’apnée, nous avons offert plus de 73 heures de silence absolu à la faune sous-marine. Pas une seule bulle relâchée, juste des approches douces et furtives au milieu des forêts de laminaires. Les bars et les lieus jaunes vous remercient pour ce respect.

Un tel effort méritait bien une récompense de taille une fois de retour à la surface. Pour vous réchauffer après vos sessions, vous avez englouti près de 3 kilos de miel, délicatement dissous dans vos tisanes fumantes. Un sacré butinage pour les abeilles, et un réconfort inestimable pour les marins.

En faisant ce petit bilan décalé, je tenais surtout à vous remercier. Je suis extrêmement touché par la confiance que vous m’accordez chaque jour. Vous voir lâcher prise, sourire au milieu des vagues et vaincre vos appréhensions est la plus belle des victoires.

Et la meilleure nouvelle dans tout ça ? La saison est loin d’être terminée ! L’arrière-saison qui s’annonce nous réserve des lumières rasantes sublimes et une eau encore très douce. Alors, si vous avez envie d’ajouter quelques kilomètres verticaux et de descendre le niveau de notre pot de miel, vous savez où me trouver.

À bientôt dans le bleu,

Maël <3

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