Ce 21 septembre au petit matin, l’air de Groix a changé. La lumière rasante a pris cette teinte métallique si particulière, le vent pince un peu plus fort, et le port s’est soudainement vidé de son effervescence estivale. C’est l’heure. Les combinaisons sont rincées, les bouées dégonflées. La saison 2026 de SDC Apnée vient de s’achever.
Avant de tourner la page, je voulais prendre le temps de m’arrêter deux minutes. Pour vous dire merci.
Merci à vous. Les élèves, les acharnés de la compensation, les angoissés du fond et les rois de la glisse. Merci pour votre confiance aveugle quand je vous emmène dans le bleu. Pour vos sourires grelottants sur le pont du zodiac, vos yeux écarquillés, et pour cette imagination absolument sans limite qui nourrit notre rubrique Ivresse de surface (mention spéciale à l’apnée à l’élastique statique, mon cœur s’en souvient encore).
Un merci vital au miel et aux abeilles, notre carburant sacré de sortie de l’eau.
Et ma gratitude la plus viscérale va, comme toujours, au patron des lieux : l’océan. Capricieux, rugueux, majestueux. Cette année, il nous a tout fait. De la pétole absolue à la houle de pirate, jusqu’à nous fracasser la rétine avec cette nuit de plancton bioluminescent. L’océan ne se dompte pas, il se vit.
Cap sur le cyan : de nouvelles expéditions en préparation
Alors, que fait un moniteur d’apnée quand la mer refroidit ? Je ne vais pas hiberner sous un plaid. On quitte le bleu sombre pour aller chercher d’autres nuances.
Dès aujourd’hui, je mets le cap sur l’archipel des Glénans et ses eaux cyan. L’objectif n’est pas seulement d’aller repérer les fonds, mais d’étudier grandeur nature la faisabilité d’une véritable croisière vers l’archipel, avec immersion directement depuis le voilier. On a testé le concept « voile et apnée » cet été, et on a adoré ça. L’idée est donc de pousser le curseur beaucoup plus loin : une toute nouvelle offre d’expédition, totalement hors norme, se prépare en coulisses pour vos sessions du printemps prochain. Préparez-vous à embarquer.

De l’apesanteur à l’ancrage : un autre rapport à l’eau
Mais l’hiver, pour moi, c’est aussi le moment du grand écart. Vous me connaissez léger, silencieux, glissant dans l’eau avec un simple fil d’Ariane. Dans quelques semaines, je vais troquer la combinaison d’apnée pour l’équipement de scaphandrier.
Ce n’est pas une contrainte, c’est un choix. Fini la quête du relâchement absolu, place à l’ancrage. Le casque lourd, le plomb, les chantiers sous-marins, les eaux opaques des ports : c’est un univers radicalement différent, plus industriel, plus terrien. Il y a une autre forme de poésie dans ce métier de bâtisseur sous-marin. C’est cet équilibre fascinant entre la légèreté de nos étés et la solidité de l’hiver sous l’eau qui donne tout son sens à mon parcours. L’océan a plusieurs visages, et j’aime aller à la rencontre de chacun d’eux.
Et quand j’aurai eu ma dose de chantiers immergés ? Je prendrai un sac à dos, direction l’Inde. Un besoin profond de m’immerger dans de nouvelles civilisations, de chercher d’autres respirations. Et accessoirement, de tremper mes palmes dans le cyan d’une eau tropicale où l’on ne perd pas la sensibilité de ses orteils en dix minutes.

Vos devoirs pour l’hiver (pour ne pas rouiller)
On se retrouve en mer en mai 2027. C’est long. L’apnée est un sport exigeant : si vous ne faites rien pendant huit mois, votre cage thoracique va perdre de sa souplesse.
Pour maintenir la machine d’ici là, voici vos devoirs à la maison, piochés dans le Blop! :
- La routine biomécanique : Ne laissez pas votre diaphragme s’ankyloser. Dix minutes par jour suffisent pour déverrouiller le châssis, grâce à notre échauffement « à sec » pour libérer votre cage thoracique.
- L’entraînement de fond depuis le canapé : La compensation, ça se travaille hors de l’eau. Replongez dans nos exercices « à sec » à faire chez soi pour progresser en apnée. C’est le secret pour ne pas tout reprendre de zéro au printemps.
- La fuite vers le chaud : Si vous craquez, que l’hiver breton fige vos corps et que l’eau tropicale devient une urgence absolue, relisez nos conseils pour fuir la grisaille et faire une cure de « Bleu » en plein hiver (sans faire les erreurs de base sous les tropiques).

Blop! reste ouvert
Le club de Groix a fermé ses portes, mais on ne se perd pas de vue. Je continuerai de donner signe de vie ici. Des cartes postales d’Inde, des nouvelles des Glénans, ou quelques histoires remontées des chantiers navals.
Je reste aussi totalement connecté et à l’écoute de vos projets. Vous voulez anticiper un stage sur-mesure pour votre groupe au retour des beaux jours ? Me poser une question sur votre matériel pour Noël ? Écrivez-moi.
Prenez soin de vous. Cultivez votre relâchement. L’apnée nous apprend à suspendre notre souffle pour trouver la paix sous l’eau, mais c’est surtout pour nous apprendre à respirer plus grand, plus fort, une fois sur terre. Emportez un peu de ce silence avec vous pour traverser l’hiver.
À très vite dans le bleu
Maël – SDC Apnée Groix
