« Maintenant que les touristes sont partis, tu vas hiberner comme un phoque jusqu’en mai, ou tu as une double vie qu’on ignore ? »
C’est la question (très sérieuse) qu’on m’a posée à la fin de la saison dernière. J’avais prévu de garder le secret encore un peu, de vous laisser imaginer que je passais mes journées enroulé dans un plaid à Groix en attendant le printemps… Et puis, les caméras du JT de TF1 ont débarqué et ma « couverture » a officiellement sauté aux yeux de la France entière.
Alors, il est temps de rétablir la vérité sur mon programme de l’hiver.
De l’eau chaude aux caissons hyperbares
Si vous avez lu ma dernière « ordonnance Blop » de décembre, vous savez à quel point l’appel des eaux chaudes et des tombants tropicaux peut être fort pour un apnéiste. Les hivers précédents, c’est d’ailleurs souvent là-bas que j’allais chercher mon oxygène, pour travailler ma technique en profondeur et en maillot de bain.
Mais cette année, changement de décor radical. Pas de lagon turquoise ni de cocotiers. Direction les Côtes-d’Armor, ses bassins vitrés, ses eaux troubles et ses caissons hyperbares.
Cet hiver, je suis redevenu élève. J’ai troqué la légèreté de mes palmes en carbone et le silence de la chute libre contre des dizaines de kilos de plomb, un narguilé et un casque étanche. Je suis en formation pour devenir scaphandrier (Classe II A).
Le grand écart sous-marin : pourquoi faire ça ?
Sur le papier, on ne pourrait pas faire plus éloigné de l’apnée.
L’apnée, c’est l’art du dépouillement, de la glisse, du relâchement total et du silence. Le métier de scaphandrier (ces « ouvriers de l’extrême »), c’est l’industrie. C’est apprendre à tirer des câbles, à souder sous la mer, à gérer des outils lourds dans la vase, et à subir des protocoles de pression stricts dans des caissons reproduisant les profondeurs. C’est bruyant, c’est lourd, c’est laborieux.

Alors, pourquoi s’infliger ça en plein mois de janvier ?
Pour une raison très simple : l’humilité face à l’Océan. La mer est un milieu d’une complexité infinie. On ne la « maîtrise » jamais vraiment. Pour moi, ajouter cette nouvelle corde à mon arc, c’est refuser de m’enfermer dans mes certitudes d’apnéiste.
Comprendre la mer sous un angle industriel, étudier la physiologie hyperbare poussée à l’extrême, apprendre à travailler en équipe avec des règles de sécurité absolues… Tout cela me forge une culture sous-marine beaucoup plus large.
Apprendre, toujours, pour mieux transmettre
Quand je suis au fond d’un bassin, alourdi par mon équipement, à écouter les instructions de mes formateurs, je me rappelle ce que c’est que de débuter. Ce que c’est que d’être face à un environnement inconnu et parfois intimidant.
Cette « double vie » hivernale, aussi dure et studieuse soit-elle, n’a finalement qu’un seul but : faire de moi un professionnel de la mer plus complet, plus aguerri, et plus conscient des enjeux de sécurité.
C’est cet enrichissement, cette rigueur et cette compréhension globale du milieu aquatique que j’ai hâte de vous ramener à Groix au printemps prochain. Quand je reprendrai mon rôle de moniteur, que je vous guiderai sur un canard ou une descente le long du câble, je serai nourri de toutes ces heures passées sous la pression.
A bientôt dans le bleu 🙂
– Maël
